Mon quotidien.

Mon quotidien.

Temps de lecture :

4–6 minutes

Un seul quotidien ? Ou plusieurs…

“Améliorer mon quotidien”, “le bien-être au quotidien”, ça me parle, de loin.


Pourquoi toutes ces choses qui seraient bonnes pour moi ne s’adaptent pas si facilement à mon quotidien ?
Parce qu’en fait je n’ai pas 1 quotidien, mais plusieurs. 


Même si les journées se ressemblent, on ne peut pas toujours les aborder de la même manière. C’est d’autant plus vrai avec des douleurs chroniques ; elles apparaissent et disparaissent à leur convenance sans se soucier de celui qui les subit. Quand elles sont provoquées par une activité spécifique, on peut s’y préparer mentalement ou physiquement, de sorte qu’ avoir ne serait-ce qu’un semblant de contrôle est déjà une grande victoire face aux douleurs.

Mes différents quotidiens :

  1. Mon quotidien “cool”.
    Il arrive que certaines journées soient plus cool que d’autres. Se lever le matin sans décharge électrique, ne pas avoir d’impératif, vaquer à ses activités sans déclencher de douleurs persistante, se promener avec le chien sans empressement et en profitant de la nature, faire une petite sieste pour remettre de l’énergie dans le bonhomme, re-vaquer, préparer un bon repas pour ma compagne et discuter tranquillement quand elle rentre du travail, et ne pas penser à tous les projets que je voudrais accomplir, sans pour autant le pouvoir.
    Lui il est dans le top de mes quotidiens ! 
  1. Mon quotidien “mitigé”.
    Les journées démarrent doucement (forcément), mais déjà ça tire d’ici et là à l’intérieur. De fines aiguilles à tricot se baladent dans mon corps comme des touristes prenant des photos souvenir avec leur flash brûlant.
    J’arrive à m’occuper l’esprit et tant mieux, ça rend supportable le flot de touristes incessant. Qu’est-ce qu’il peut bien y avoir à visiter d’intéressant dans ce corps usé par des années d’excès ?
    La balade se fait avec un effort constant pour marcher, heureusement ma chienne est une crème et elle m’attend tout en faisant son taf de chien ; sentir toutes les odeurs qui trainent.
    La sieste dure un peu plus longtemps mais au réveil j’ai l’impression de ne pas avoir dormi. Résultat je scotche le reste de la journée comme un légume trop mûr en réservant mon énergie pour la cuisine du soir. C’est important pour moi de pouvoir faire au moins une chose pour ma compagne en retour de son dévouement. Et elle adore ma cuisine, ce qui ne gâche rien.
  1. Mon quotidien “warrior”.
    Attention là ça dépote ! Je me lève et je fais rire ma douce, d’une manière ou d’une autre, (parfois même avant de me lever). La faire rire aussi fait partie de mes attributions; pas une journée sans rigoler au moins une fois. 2 cafés, passage aux toilettes d’une qualité indiscutable, petites occupation diverses, sport (30 mn de rameur ou 45 mn de vélo elliptique), repos, balade ressourçante, sieste revigorante, je prépare 4 gratins de légumes au curry ou autre chose en quantité (pour faire du stock de plats prêts, pour les jours sans), discutaille, nuit endiablée bref, je paierai tout ça demain mais pour le moment, m’enfou.
  1. Et le quotidien “pourri”.
    Là c’est une toute autre histoire. Pas envie de se lever, il faut quand même nourrir le chien et faire pipi. Pas de positions qui fasse passer des douleurs aussi diversifiées qu’un festival de musique au rabais. scotcher la télé sans vraiment regarder ce qu’il s’y passe, faire sortir le chien dans le jardin en m’excusant de lui faire subir ça, elle s’en fout ; tant qu’elle peut me faire des câlins, le monde peut bien s’effondrer.
    Profiter d’un moment de motivation en serrant les dents et en me tenant à tous les meubles pour arriver enfin dans la cuisine. Mettre un des gratins susmentionné au four en remerciant “le moi du jour de cuisine” pour cette offrande à la souffrance. Faire rire ma compagne malgré tout ; la fatigue aidant, je devient le plus horripilant des clowns.
    Sortir le chien en lui promettant que demain ça ira mieux (c’est un chien hein, on peut leur promettre n’importa quoi ça passe. Pas comme aux enfants). Le passage au lit résonne comme un cri d’espoir mais le sommeil ne vient pas malgré la fatigue ; une cohorte de hamsters parlants squattent mon cerveau et discutent entre eux. Je sais pas si vous avez déjà entendu des hamsters parler humain entre eux mais c’est hyper énervant !
    Le sommeil arrive et avec de la chance j’enchaine sur un autre quotidien.

Bien entendu c’est juste un échantillon représentatif, ils peuvent aussi se mélanger et se cumuler comme bon leur semble, d’un jour à l’autre, d’une heure à l’autre, d’une minute à l’autre.
Le pire n’est pas forcément cette courte inconstance. Rester dans un mauvais quotidien plusieurs mois à des effets dévastateurs, vous comprenez bien, et qui entraînent à leur tour des quotidiens exclusifs et nouveaux.

Conclusion :

Ce quotidien je le vis. Ma compagne aussi. Mes enfants aussi. Mon chien aussi, mes amis, ma famille, mes collègues l’ont vécu. Mon médecin, ma pharmacienne, toutes les personnes avec qui je suis en contact vivent, sans leur consentement et à travers moi, les quotidiens du handicap invisible.
Alors ? Invisible vraiment ? Ou tout simplement tabou ?
M’est d’avis que c’est seulement triste. Les gens préfèrent voir de belles choses et c’est normal, j’en fait partie aussi. 


Rappelez vous juste qu’une tristesse partagée devient une demi-tristesse, et qu’un bonheur partagé devient… un double bonheur.

Cliquez pour évaluer cet article !
[Total: 1 Moyenne: 5]

Laisser un commentaire

A PROPOS DU SITE

« Bienvenue sur Handinaga.fr, un refuge pour les mots et les idées. Ici, on écrit, on partage, et on cultive la créativité — une phrase à la fois. »

En savoir plus sur HandiNaga

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture