La canne : toile blanche et troisième patte.

“ Et si la canne n’était pas une contrainte, mais une page blanche à remplir ? Un récit sur l’art de transformer ce qui nous porte… en ce qui nous définit. “

A partir du moment où l’on est diminué et où l’on doit se servir d’un objet d’aide à la marche, le regard des autres et les jugements non exprimés peuvent être pesants. 

Pourtant, on peut changer ce sentiment en abordant le sujet autrement.

Voici un récit de comment ça s’est passé pour moi : 

Un 14 juillet, on se prépare à aller voir un feu d’artifice. Petit trajet en voiture, un peu de marche pour arriver sur le pas de tir et l’attente…
Debout, statique, mon corps commence à me rappeler qu’il n’aime pas ça. “Ça va ?” me demande ma compagne, ravie car elle adore les feux d’artifices. “Oui oui”, mode sourire rassurant activé, ça passe, même si je sais que je la dupe rarement là-dessus (sur pratiquement tout d’ailleurs).
L’attente est longue, les minutes s’empilent sur moi sans que je sache quand la douleur prendra le dessus. Boum pshhhiiiiiii, enfin ! Ça commence, intérieurement je me dis : “profite et résiste”. Un moment où il me faut baisser la tête avant qu’elle ne reste bloquée en l’air comme un distributeur de bonbons Pez, je regarde le petit papy devant moi. Il tient la forme quand même !
A cette période, je faisais encore beaucoup de comparaison entre moi et les personnes âgées : voir des personnes de 80 ans qui arrivent à en faire plus que moi à la quarantaine me perturbait beaucoup.
Bref, le papy. Jambes semis écartées, bien droit, pas un tremblement et là je vois qu’il a une canne sur laquelle il s’appuie de ses deux mains. Beh oui, pas un seul foutu médecin ne m’a proposé ça quand j’expliquais que la douleur me coupait en deux et que quand ça arrive, le seul moyen, si je ne pouvais pas m’allonger de suite, c’était de m’appuyer quelque part pour soulager je-ne-sais-quoi entre mon buste et mes jambes !
Feu d’artifice terminé, nous laissons les “pressés de partir” vers leur course infinie et nous regagnons, lentement et douloureusement, la voiture.
Après ça, je me décide à essayer une canne que je commande en ligne ; mon prochain rdv médical pour mon traitement étant dans plusieurs mois, je ne vais pas attendre, ni me rajouter un rdv entre temps, et ainsi devoir m’infliger le trajet et l’attente avec les délicieuses douleurs que ça me procure.
Surtout que lors du rdv tant attendu, les seuls mots du médecin furent “si ça vous aide…”
Une canne pliable pas chère arrive, je suis pressé de l’essayer lors de la balade du chien. Cependant, j’ai un sentiment bizarre, depuis des années déjà, avant que mes symptômes ne s’aggravent subitement, j’avais juste à dire “non non, je ne peux pas porter ceci ou faire cela, j’ai des problèmes de dos”. Maintenant, j’ai le sentiment que ça met en avant ma part de faiblesse la plus vulnérable.
La balade est un succès, les douleurs sont là évidemment mais beaucoup moins prononcées. Le chien est content, comme toujours.
Je me suis rapidement habitué à l’utiliser dans tous mes déplacements et même s’ils étaient rares, ils n’en étaient pas moins douloureux mais mon périmètre s’est agrandi grâce à ça.
Pour me l’approprier et diminuer ce sentiment d’être mis en avant à cause de la canne (car c’est le but de cet article), j’ai commencé par la décorer avec des autocollants et au bout d’un certain temps, période où je testais des activités pour tromper l’ennui, je m’en suis fabriqué une avec le bois d’un pommier de mon jardin, décorée grâce à la pyrogravure et vernie.
Évidemment que tout le monde ne peut pas se fabriquer sa propre canne ; il s’avère que pour moi, la sculpture sur bois trop intense me provoque des douleurs dans les mains.
Mais le fait de me l’approprier et de transformer cet objet en quelque chose de plus personnel, comme un bijou ou un accessoire de mode, m’a vraiment aidé à accepter d’avoir “une troisième patte”.  

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